01 mars 2012

Aphatie est il un laquais du pouvoir?

Depuis deux jours Jean-François Kahn et Jean-Michel Aphatie s'étripent par blogs interposés sur le point de savoir si le premier a eu raison de ranger le second dans la catégorie des " journalistes aux ordres ". C'est assez divertissant et instructif.

Divertissant, parce qu'avec sa finesse d'esprit coutumière, Aphatie est tombé à pieds joints dans le piège de Kahn (pour les épisodes précédents, renseignez-vous). En le dénonçant comme " aux ordres" dans les colonnes de l'hebdomadaire Marianne, Kahn a réveillé la culpabilité inconsciente qui sommeille dans les tréfonds du cerveau de l'un des plus emblématiques représentants du journalisme institutionnel. Du coup, Aphatie, comme d'habitude, donne encore l'impression de se défendre comme se défendent les coupables.

Cela étant, la question posée n'est pas sans intérêt. Au risque de surprendre, je serais même tenté d'y répondre par la négative, ce qui paradoxalement mène à la conclusion que c'est encore pire.

Prenons deux exemples concrets. Commençons par Aphatie. Pas une seule seconde, je n'ose imaginer qu'il soit "aux ordres". Nous ne sommes plus en 1963 ou en 1981, lorsque l'Elysée dictait ses quatre volontés aux journalistes de l'audiovisuel.

Mais Aphatie pose un problème dans la mesure où les tribunes dont il dispose (RTL; Canal plus) et la façon dont il les exploite, distribuant bons et mauvais points au nom de l'objectivité garante de l'impartialité du journaliste, l'ont érigé en statue du commandeur du journalisme à la française.

Or, cette posture supposée être l'incarnation du journalisme neutre, objectif, distancié, relève de l'imposture intellectuelle. D'une part parce que l'objectivité journalistique est un leurre auquel seuls peuvent croire des gogos qui ne se sont pas remis de l'inexistence du Père Noël ; d'autre part parce que JMA est l'incarnation du journalisme du cercle de la raison cher à Alain Minc, passé du rocardisme à un libéralisme bon teint.

Lorsqu'il ferraille contre la dette, contre les dérives budgétaires françaises, Aphatie s'exprime au nom d'une objectivité qui dissimule en fait un système de valeurs conservatrices qui sont à proprement parler de droite, en toute bonne conscience inconsciente. A force de connivence obligée avec les puissants, il a fini, comme beaucoup de journalistes politiques, par intégrer le mode de pensée dominant de ceux qu'il côtoie.

Et comme dans ce pays, les idées de droite se sont imposées à la fin des années 90, avec le pouvoir qui les incarne, fatalement, Aphatie est tombé de ce côté... On ne dira jamais assez qu'en France, la majorité des journalistes politiques français vivent dans le fantasme qu'ils ont d'influencer les maîtres du moment. Mitterrand, qui avait repéré ce travers, s'amusait souvent à demander à Alain Duhamel (qu'il appelait "le laquais" en privé) ce qu'il ferait s'il était à sa place, il paraît que cela l'amusait beaucoup.

Pour un Jean-François Kahn qui refuse de rencontrer l'actuel président pour ne pas être instrumentalisé, ou un Thomas Legrand de France Inter, prêt à la rencontre, mais qui prévient qu'il répétera tout, au mépris du OFF que l'on entend lui imposer (résultat: il n'est pas invité), combien acceptent, par illusion le petit déjeuner avec le souverain?

Un exemple? Il y a quelques jours, le président a invité trois journalistes au petit déj'. Il voulait faire répéter que son choix pour la présidence de France Télévisions n'était pas arrêté. Dans les jours qui ont suivi, la rumeur a enflé: "Et si Carolis restait?". Voyez comme c'est simple. Ils ne sont pas aux ordres. Il suffit simplement de les transformer en objet de cour. Et de s'arranger pour faire élever au sein des rédactions les plus malléables d'entre eux. Et si, en prime, ils ne sont pas très cultivés, c'est encore mieux. L'actuel président a un faible pour les journalistes dont la culture s'apparente à la sienne: télé, people, potins, sport, cinéma à la Clavier...

Sous son règne, ce genre de profil se retrouve souvent dans les accrédités formant la majeure partie de la presse présidentielle.

Aphatie est aussi emblématique de cet aspect là du dossier. On s'est beaucoup moqué du SMS que Fillon lui avait envoyé parce qu'il avait dit à la télévision, sur Canal, que c'était de Gaulle qui avait instauré la retraite à 60 ans.

On a beaucoup glosé sur l'aspect connivence de la chose, mais pour ma part, ce qui m'avait sidéré, c'est qu'un auto-proclamé spécialiste de la dérive des comptes sociaux fasse étalage d'une ignorance aussi crasse sur les connaissances les plus élémentaires du sujet qu'il prétend maîtriser. (J'ajoute que l'orthographe semble poser aussi un problème à Aphatie, depuis hier sur son blog, il est écrit en gros titre "l'INNacceptable violence de Marianne", oui, inacceptable avec deux " n "... Passons vite, je fais cette remarque parce que c'est le genre de détail qui le fâche tout rouge, just for fun... Moi même il m'arrive de laisser des coquilles, mais dans un gros titre, ça la fiche mal).


Posté par Metatron5311 à 08:36 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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