14 mars 2012

Beaucoup trop de bruit pour rien

Mots-clés : Nicolas Sarkozy, Sarkozy, Renaud Dély, campagne, exilés fiscaux, taxer
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Tiens, Nicolas Sarkozy fait du Mélenchon ! Pourquoi pas, après tout, au point où il en est… En promettant de taxer les exilés fiscaux, le candidat sortant dégaine donc une mesure qui figure dans le programme du Front de Gauche. Enfin, pas tout à fait puisque ce sera aux expatriés de déclarer eux-mêmes au fisc français qu’ils sont partis à l’étranger exclusivement pour le fuir (combien se feront ainsi hara-kiri sur l’hôtel des impôts ?) et que Nicolas Sarkozy exclut toute déchéance de nationalité pour les récalcitrants. M’enfin, bon, c’est déjà ça. Surtout quand on mesure le chemin parcouru par l’intéressé.

En 2007, Nicolas Sarkozy abaissait vigoureusement le bouclier fiscal pour faire revenir dans l’hexagone son ami Johnny Halliday ; cinq ans plus tard, le chanteur n’est plus abandonné mais toujours aussi exilé : Sarkozy promet donc d’aller lui faire les poches jusqu’en Helvétie ! Quelle audace ! Qu’importe si à deux reprises, en 2010 et 2011, le président PS de la commission des Finances, Jérôme Cahuzac a présenté des amendements en ce sens qui ont été repoussés par la droite.

Qu’importe aussi si, la semaine dernière encore, Nicolas Sarkozy exonérait par avance, sur France-Inter, les ultra-riches menacés par la proposition de François Hollande de taxer à 75 % leur deuxième million de revenus annuels qui n’auraient plus "intérêt" à vivre en France. Comme si c’était un réflexe patriotique que de choisir de vivre dans tel ou tel pays selon son "intérêt" fiscal… Nicolas Sarkozy a donc changé d’avis et il fait bien. D’autant plus que cette taxation supplémentaire (hélas, difficilement applicable) viendrait compléter la mesure de François Hollande en en corrigeant les hypothétiques effets néfastes : si les ultra-riches ne trouvent plus "intérêt" à s’exiler, ils payeront en France la fameuse taxe de 75 %.

Qu'aurait pensé Angela de Villepinte ?

Ce nouveau tête-à-queue du candidat Sarkozy a aussi des conséquences collatérales assez cocasses : il nous offre l’occasion de lire ce matin un papier détaillant, sans l’ombre d’une critique, une telle taxation des exilés fiscaux dans "Le Figaro"… Nicolas Sarkozy fait donc du Mélenchon. Fort bien. Il y a trois jours, à Villepinte, il s’inspirait de Marine Le Pen pour fustiger les accords de Schengen coupables, selon lui, d’instaurer une "Europe-passoire" laissant déferler les "flux migratoires".

Et le président sortant allait jusqu’à menacer de rétablir dans 12 mois poste-frontières et douaniers à nos portes sans se soucier de ce que pourraient en penser nos partenaires de l’UE, à commencer par l’incontournable Angela Merkel. Fort bien aussi, et vive la France !

Mais tiens, au fait, une semaine plus tôt à peine, le candidat Sarkozy ne fustigeait-il pas l’irresponsabilité de son adversaire socialiste qui prétend renégocier un traité non encore ratifié ? Et le même ne faisait-il pas campagne bras dessus, bras dessous, avec Angela Merkel, l’entourage de la chancelière allemande annonçant même des meetings communs du tandem "Merkozy" ? Sa "chère Angela" n’est pas venue à Villepinte écouter son "Liebe Nicolas" : elle a bien fait, elle s’y serait sans doute sentie installée moins confortablement que Gérard Depardieu.

L'un des meilleurs acteurs politiques

Nicolas Sarkozy se veut apôtre du référendum et du recours au "peuple" et prétend séduire la "France du non" ? Il l’a pourtant privée de consultation lorsqu’il a fait passer le traité de Lisbonne, copie conforme de la Constitution de l’UE rejetée par référendum en 2005…

"Tapis de bombes", "feu d’artifice", "guerre de mouvement", les expressions distillées par ses "spin doctors" à la presse qui les répète sans recul illustrent la véritable stratégie du candidat Sarkozy : donner le tournis, affoler les sondeurs, enivrer les plumes. Le buzz fait office de sens, le bruit d’idée neuve. Il s’agit de jouer à plein régime des ressorts de la communication contemporaine, règne de l’éphémère sous la double influence des chaînes d’infos télévisées en continu et des réseaux sociaux du type Twitter.

Certes, on l’a encore vu lors de la gigantesque mise en scène de Villepinte, Nicolas Sarkozy est sans doute le meilleur acteur politique de sa génération. Rien ne l’arrête. Il est même capable de mettre en scène ses états d’âme ("Si je perds, j’arrête la politique"), ses blessures, son divorce, et d’accabler de ses fautes son ex-épouse Cécilia sans pudeur aucune. Son gourou, l’ultra-droitier Patrick Buisson a délaissé, lui, ses éloges passés de Drumont et de Maurras pour vendre à l’électeur une "nouvelle histoire", une sorte de "Sarkozy, saison 2" typique de ces séries américaines dont raffole le Président-candidat entre deux DVD de Visconti et Dreyer.

Le sarkozysme mise sur l’amnésie

Les commentateurs s’ésbaudissent de ses prestations, de son culot, de ses talents d’interprète. Mais au fait, s’agit-il d’élire un acteur ? L’élection présidentielle consiste-t-elle à récompenser, telle la cérémonie des Oscars, un homme capable de jouer, à merveille, tous les rôles, successivement voire simultanément, de réciter avec fougue toutes les partitions ?

Oui, le candidat Sarkozy peut très bien "jouer" Mélenchon, Le Pen, demain Bayrou, ou Villepin. Le sarkozysme mise sur l’amnésie. Il veut nous en mettre plein les yeux et plein les oreilles. Son drame, c’est que le grand carrousel de l’image et du buzz, des télés en continu et des réseaux sociaux finit toujours par s’assoupir. Par faire une pause. Et une fois les lampions éteints, les flonflons rangés et la fumée dissipée, demeure le sentiment d’avoir assisté à un show spectaculaire, impressionnant, certes, mais sans queue ni tête. Sans constance, ni cohérence.

Il bouge, mais tourne en rond

Le candidat UMP a l’énergie du lapin Duracell et la frénésie du ventilateur. Mais ce qui pouvait faire illusion en 2007, lorsqu’il s’était grimé en candidat de la "rupture", ne fonctionne plus dès lors que le Président sortant est comptable d’une action, et donc d’un bilan. En fait, le candidat Sarkozy mène une campagne libre-service où l’électeur, qu’il vienne de la gauche, du centre, ou de l’extrême droite, d’en haut ou d’en bas, est supposé trouver ce qui l’apaisera. Sans savoir pour autant où veut l’emmener celui qui prétend rester son chef cinq ans de plus.

Avec sa grosse caisse et ses tambourins, Nicolas Sarkozy est devenu le Rémy Bricka de la joute présidentielle. Il fait du bruit et du vent. Il bouge, mais tourne en rond. C’est joli, mais bruyant. Le chaland-électeur, intrigué, épaté même, observe d’abord longuement comment ça marche. Mais vient un moment où il finit par se demander à quoi tout ce raffut peut bien servir.


Posté par Metatron5311 à 17:36 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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